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« Il ne peut y avoir deux passions plus ressemblantes que celles de la chasse et de la philosophie, quelque disparité qu’on puisse saisir entre elles à première vue. Il est évident que le plaisir de la chasse tient dans l’activité de l’esprit et du corps, dans le mouvement, l’attention, la difficulté, et l’incertitude. Il est tout aussi évident que ces actions doivent s’accompagner d’une idée d’utilité pour qu’elles exercent leur effet sur nous. Un homme immensément riche et de la plus grande libéralité, qui prend plaisir à chasser la perdrix et le faisan, n’éprouve plus aucune satisfaction à tirer les corbeaux et les pies ; cela parce qu’il considère les premiers dignes d’être servis à table et les autres tout à fait impropres à cet usage. Ici, il est certain que l’utilité ou l’importance ne produit pas d’elle-même de passion réelle ; elle est seulement requise pour soutenir l’imagination ; et la même personne qui se montre au-dessus d’un profit dix fois plus grand en toute autre circonstance, se plaît à ramener chez elle une demi-douzaine de coqs de bruyère ou de pluviers, après être restée des heures à les chasser. Pour achever ce parallèle entre la chasse et la philosophie, nous pouvons remarquer que, même si, dans un cas comme dans l’autre, il nous arrive de mépriser en elle-même la fin que nous poursuivons, toutefois dans le feu de l’action, nous acquérons une telle attention à cette fin que nous souffrons de toute déconvenue et sommes aussi navrés de manquer le gibier que de tomber dans un paralogisme. »

Traité de la nature humaine, livre II, troisième partie, section X. (trad. Jean-Pierre Cléro, Paris, éd. GF, 1991)

David Hume (1711-1776) est l’un des principaux penseurs du courant philosophique empiriste. Il appartient aux Lumières écossaises, mouvement de pensée dont font aussi partie Adam Smith (qui fut un ami de Hume) et Adam Ferguson. Poursuivant la pensée de John Locke sur certains points, rompant avec elle sur d’autres, Hume développe la logique empiriste jusqu’au bout, en avançant jusqu’aux conclusions les plus poussées possibles. Ainsi, il développe une critique célèbre des concepts de causalité et d’identité, dont nous n’avons pas de preuve de l’existence réelle mais que l’esprit semble produire lui-même ; de l’idée que le savoir humain dépend de l’expérience, Hume tire la thèse selon laquelle la croyance et la certitude proviennent de l’habitude ; enfin, il réduit singulièrement l’assurance de la certitude pour la remplacer par des probabilités. Longtemps, Hume sera lu comme un sceptique, plutôt destructeur qu’autre chose (c’est notamment son scepticisme qui a « réveillé » Kant de son « sommeil dogmatique », selon les propres termes du philosophe allemand) ; cependant, on commence depuis quelques décennies à voir la positivité du projet humien et de son entreprise. La pensée toute entière de Hume est motivée par le désir de mettre sur pied une « science de l’homme », de connaître le fonctionnement de l’humain pour ensuite mieux connaître tout le reste. Ainsi, si l’Écossais laisse après lui des débats d’interprétation essentiellement structurés autour de son épistémologie, il est également à l’origine d’une œuvre d’historien, d’historiographe et d’économiste qui a fait date dans l’histoire de ces disciplines respectives. 

Ce site comporte des ressources sur la philosophie de Hume. Il comprend notamment un lexique de son œuvre principale, le Traité de la nature humaine, ainsi qu’une série de schémas et d’explications sur l’essentiel du contenu du Traité (menu du haut). Sur la colonne de droite, vous trouverez des résumés des autres livres du penseur écossais, ainsi qu’une recension (non exhaustive) de divers commentaires de son œuvre.
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