Citations et extraits

Citations diverses

Il est difficile à l’esprit, quand il est mû par une passion, de se limiter à cette seule passion sans aucun changement ni variation. La nature humaine est trop inconstante pour admettre une telle régularité. L’instabilité lui est essentielle.

(Traité de la nature humaine, livre II, 1ère partie, section IV)

L’orgueil serait sans fin s’il naissait immédiatement de la nature puisque l’objet est toujours le même et qu’il n’y a pas de disposition du corps propre à l’orgueil comme il y en a pour la soif et la faim.

( II, I, V)

Il n’est pas de méthode de raisonnement plus commune, et pourtant plus blâmable, que celle qui consiste à s’efforcer de réfuter une hypothèse sous prétexte que ses conséquences sont dangereuses pour la religion et la moralité. Quand une opinion conduit à des absurdités, elle est certainement fausse [;] mais il n’est pas certain qu’une opinion soit fausse parce que ses conséquences sont dangereuses. Nous devons donc entièrement nous abstenir de tels arguments qui ne servent en rien à la découverte de la vérité mais qui ne font que rendre odieuse la personne d’un adversaire.

(II, III, II)

Il est évident que les passions n’influencent pas la volonté proportionnellement à leur violence ou au désordre qu’elles occasionnent dans l’humeur ; mais, au contraire que, lorsqu’une action est devenue un principe confirmé d’action et l’inclination prédominante de l’âme, elle n’y produit plus, pour l’ordinaire, d’agitation sensible. Comme tout finit par céder à sa répétition insistante et à sa force propre, la passion dirige les actions et la conduite, sans rencontrer d’opposition et sans l’émotion qui accompagne naturellement toutes ses irruptions.

(II, III, IV)

Qui choisit les moyens choisit aussi la fin.

(III, II, VII)

 

Extraits de texte

L’exemple de la boule de billard

Il est certain que cette répétition d’objets semblables en des situations semblables ne produit rien de nouveau,  ni dans ces objets, ni dans aucun corps extérieur. En effet, on accordera aisément que les différents cas dont nous disposons de la conjonction de causes et d’effets ressemblants sont en eux-mêmes entièrement indépendants, et que la communication de mouvement que je vois résulter à présent du choc de deux boules de billard est totalement distincte de celle que j’ai vu résulter d’une telle impulsion il y a un an. Ces impulsions n’ont aucune influence l’une sur l’autre. Elles sont entièrement séparées par le temps et le lieu ; et l’une aurait pu exister et communiquer du mouvement même si l’autre n’avait pas existé.
Il n’y a donc rien de nouveau de découvert ni de produit en des objets par leur conjonction constante ni par la ressemblance ininterrompue de leurs relations de succession et de contiguïté. Mais c’est de cette ressemblance que dérivent les idées de nécessité, de pouvoir et d’efficace. Ces idées, donc, ne représentent rien qui appartienne ou puisse appartenir aux objets qui sont constamment joints. c’est un argument qui, de quelque manière que nous puissions l’examiner, se révèlera parfaitement indiscutable. Des cas semblables sont toujours la source première de notre idée de pouvoir ou de nécessité alors que, d’autre part, ils n’ont, par leur ressemblance, aucune influence, ni les uns sur les autres, ni sur aucun objet extérieur.

(Traité de la nature humaine, I, III, XIV)
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La philosophie et la chasse

Il n’existe pas deux passions si ressemblantes que celles de la chasse et de la philosophie, quelque disproportion qu’on puisse discerner à première vue. Il est évident que le plaisir de chasser consiste dans l’action de l’esprit et du corps, le mouvement, l’attention, la difficulté et l’incertitude. Il est de même évident que ces actions doivent s’accompagner d’une idée d’utilité pour qu’elles aient un effet sur nous. Un homme très riche, pas le moins du monde avare, bien qu’il prenne du plaisir à chasser des perdrix et des faisans n’éprouvera aucune satisfaction en tirant des corbeaux et des pies et cela parce qu’il considérera que le gibier de la première sorte est digne d’être présenté sur sa table et que celui de la seconde sorte est entièrement inutile. Ici, il est certain que l’utilité, l’importance ne cause pas par elle-même une passion réelle mais elle est seulement requise pour soutenir l’imagination ; et la même personne qui négligera un profit dix fois plus grand dans un autre domaine est contente de rapporter chez elle une douzaine de coqs de bruyère et de pluviers après les avoir chassés pendant des heures. Pour compléter le parallèle entre la chasse et la philosophie, nous pouvons observer que, dans les deux cas, le but de notre action peut en lui-même être méprisé et que, dans le feu de l’action, nous accordons une telle attention au but que nous sommes malheureux quand nous sommes déçus et sommes désolés soit de manquer notre gibier, soit de tomber dans l’erreur en raisonnant.

(II, III, X)
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Par la société, l’homme compense ses infirmités

De tous les animaux qui peuplent ce globe, il n’en est aucun envers lequel la nature semble, à première vue, s’être exercée plus cruellement qu’envers l’homme, avec les innombrables besoins et nécessités dont elle l’a accablé et les faibles moyens qu’elle lui offre pour y subvenir. Chez les autres créatures, ces points se compensent généralement l’un l’autre. Si notre considérons comme le lion est un animal vorace et carnivore, nous le découvrirons aisément comme très nécessiteux mais, si nous tournons notre regard vers sa constitution et son tempérament, son agilité, son courage, ses membres et sa force, nous trouverons que ses avantages sont proportionnés à ses besoins. Le mouton et le bœuf sont privés de tous ces avantages mais leur appétit est modéré et leur nourriture s’acquiert aisément. C’est chez l’homme seul que la conjonction de l’infirmité et de la nécessité est poussée au plus haut point. Non seulement la nourriture qui est nécessaire à sa subsistance s’enfuit quand il la recherche et l’approche, ou, du moins, requiert son travail pour être produite, mais il doit posséder des vêtements et une habitation pour se défendre contre les intempéries ; quoique, à le considérer en lui-même, il ne soit pourvu ni d’armes, ni de force, ni d’autres aptitudes naturelles qui puissent à quelque degré répondre à de si nombreux besoins.
C’est par la société seule qu’il est capable de suppléer à ses déficiences et de s’élever jusqu’à une égalité avec les autres créatures et même d’acquérir une supériorité sur elles. Par la société, toutes ses infirmités sont compensées et, quoique, dans cette situation, ses besoins se multiplient à tout moment, ses aptitudes, cependant, se développent toujours davantage et le rendent à cet égard plus satisfait et plus content qu’il ne pourrait jamais le devenir dans cet état sauvage et solitaire. Quand chaque individu travaille séparément et seulement pour lui-même, sa force est trop faible pour exécuter un ouvrage important et, sa peine étant employée à subvenir à tous ses différents besoins, il n’atteint jamais la perfection dans un art particulier ; et, comme sa force et sa réussite ne sont pas tout le temps égales, le moindre défaut dans l’un ou l’autre de ces points s’accompagne d’une ruine et d’un malheur inévitables. La société fournit un remède à ces trois inconvénients. Par la conjonction des forces, notre pouvoir s’accroît, par la répartition des tâches, nos capacités se développent et, par l’aide réciproque, nous sommes moins exposés à la fortune et aux accidents. C’est par ce supplément de force, de capacité et de sécurité que la société devient avantageuse.

(III, II, II)
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Le fondement historique des gouvernements

Le premier de ces principes que je noterai comme fondement du droit de magistrature est ce principe qui donne autorité à tous les gouvernements les mieux établis au monde sans exception ; je veux dire la longue possession en n’importe quelle forme de gouvernement ou de succession de princes. Il est certain que, si nous remontons à la première origine de toutes les nations, nous trouverons que rares sont les races de rois ou les formes de républiques qui ne sont pas primitivement fondées sur l’usurpation et la rébellion et dont les titres ne sont pas pires que douteux et incertains. Le temps seul donne de la solidité à leur droit et, opérant par degrés sur les esprits des hommes, il les réconcilie avec n’importe quelle autorité qui leur semble alors juste et raisonnable. C’est la coutume seule qui fait qu’un sentiment a une plus grande influence sur nous et qui tourne notre imagination plus fortement vers un objet. Quand nous avons longtemps été accoutumés à obéir à un groupe d’hommes, cet instinct général, cette tendance générale que nous avons de supposer qu’une obligation morale accompagne la loyauté prend facilement cette direction et choisit comme objet ce groupe d’hommes. C’est l’intérêt qui donne l’instinct général mais c’est la coutume qui donne la direction particulière.

(III, II, X)
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L’échelle de la sympathie et de la comparaison

Donc, puisque ces principes de sympathie et de comparaison avec nous-mêmes sont directement contraires, il vaut peut-être la peine de considérer quelles règles générales peuvent être formées, outre le tempérament particulier de la personne, pour que prévale l’un des principes sur l’autre. Supposez que je sois actuellement en sécurité sur la terre et que je veuille en tirer un plaisir de cette considération : je dois penser à la malheureuse condition de ceux qui sont en mer dans une tempête et je dois m’efforcer de rendre cette idée aussi forte et aussi vive que possible afin de me rendre plus sensible à mon propre bonheur. Mais, quelque peine que je puisse prendre, la comparaison ne sera jamais aussi efficace que si j’étais réellement sur le rivage   et que je voyais au loin un navire secoué par la tempête et en danger de périr à tout moment sur un rocher ou un banc de sable. Mais supposez que cette idée devienne encore plus vive, supposez que le bateau se rapproche, que je puisse distinctement percevoir l’horreur peinte sur le visage des marins et des passagers, que je puisse entendre leurs cris de lamentation, que je puisse voir les plus chers amis se dire leur dernier adieu ou s’embrasser, résolus de périr dans les bras les uns des autres. Aucun homme n’a un cœur assez cruel pour tirer du plaisir d’un pareil spectacle et résister aux mouvements de la compassion et de la sympathie les plus tendres. Il est donc évident qu’il y a dans ce cas un juste milieu et que, si l’idée est trop faible, elle n’a aucune influence par comparaison et, d’un autre côté, si elle est trop forte, elle opère sur nous entièrement par la sympathie qui est contraire à la comparaison. La sympathie étant la conversion d’une idée en une impression, elle demande dans l’idée une force et une vivacité plus grandes que celles qui sont requises dans la comparaison.

(III, III, II)
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A quoi sert l’estime de soi ?

Le mérite de l’orgueil ou de l’estime de soi dérive de deux circonstances, à savoir leur utilité et leur agrément pour nous-mêmes par lesquels cette passion nous rend capables de travailler et, en même temps, nous donne une satisfaction immédiate. Quand cette passion va au-delà de ses justes limites, elle perd le premier avantage et devient même préjudiciable, ce qui est la raison pour laquelle nous condamnons une ambition et un orgueil extravagants, même réglés par le décorum du savoir-vivre et de la politesse. Mais, comme cette passion est encore agréable et qu’elle communique une sensation élevée et sublime à la personne qui est mue par elle, la sympathie avec cette satisfaction diminue considérablement le blâme qui accompagne naturellement sa dangereuse influence sur sa conduite et son comportement. Aussi pouvons-nous noter qu’une magnanimité et un courage excessifs, surtout quand ils se révèlent sous les coups du sort, contribuent dans une grande mesure à la réputation d’un héros et feront d’une personne l’objet de l’admiration de la postérité en même temps qu’ils ruineront ses affaires et le conduiront dans des dangers et des difficultés qu’autrement il n’aurait jamais connus.

(III, III, II)
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Les grands hommes

Les histoires des royaumes sont plus intéressantes que les histoires domestiques, celles des grands empires plus que celles des petites cités et principautés, celles des guerres et des révolutions plus que celles de la paix et de l’ordre. Nous sympathisons avec les personnes qui souffrent dans tous les sentiments variés qui concernent leur sort. L’esprit est occupé par une multitude d’objets et par les fortes passions qui se déploient et cette occupation, cette agitation de l’esprit est communément agréable et amusante. La même théorie explique l’estime et les égards que nous avons pour les hommes qui ont des talents et des aptitudes extraordinaires. Le bonheur et le malheur des multitudes sont liés à leurs actions. Tout ce qu’ils entreprennent est important et retient notre attention. Rien de ce qui les concerne n’est négligé ou méprisé. Quand une personne peut éveiller ces sentiments, elle acquiert aussitôt notre estime, à moins que d’autres circonstances de son caractère ne la rendent odieuse et désagréable.

(III, III, IV)_

Je n'aime pas les boîtes noires.