Claudia Schmidt, David Hume: Reason in History

Dans son livre Philosophy of David Hume (1941), Norman Kemp Smith a plaidé en faveur d’une étude de Hume qui prenne en compte « tous ses domaines d’activité : [il faudrait étudier Hume] en tant que philosophe, théoricien politique, économiste, historien, homme de lettres », indiquant que « sa philosophie, en tant qu’état d’esprit qui s’est développé par ces différentes formes d’expression, aura ainsi été présentée de manière adéquate et cohérente, selon sa perspective propre, pour la toute première fois ». A cet appel, qui montre le besoin d’une compréhension globale de la pensée de Hume, Claudia Schmidt tente d’apporter une réponse. Contre les thèses selon lesquelles le philosophe écossais n’aurait pas de position philosophique cohérente à proposer, n’offrirait aucune conception constructive de la rationalité, ou encore n’identifierait aucune relation positive entre la philosophie et d’autres domaines d’enquête, Schmidt argumente en faveur d’une vision cohérente de la pensée de Hume comme étude de la « raison dans l’histoire ». Elle développe cette interprétation en retraçant, comme thème unificateur de l’immense diversité des textes et des idées de Hume, la conception de la cognition humaine et de sa dimension historique. Hume donnerait ainsi un conception positive de la manière dont nos concepts, croyances, émotions et standards de jugement dans différents domaines d’enquête sont nourris par l’expérience, aussi bien dans l’histoire personnelle de l’individu que dans la vie en communauté. Ce livre s’adresse à plusieurs publics : aux étudiants, en tant qu’introduction aux écrits de Hume, aux problématiques qu’on y trouve et aux problèmes d’interprétation qu’ils posent ; aux spécialistes de Hume, comme interprétation unifiée et intrigante de sa pensée ; aux philosophes en général, comme synthèse des développements récents en matière d’études humiennes ; et aux chercheurs d’autres disciplines, comme guide pour les contributions de Hume dans leurs propres terrains.

(quatrième de couverture)

Paru en 2003 aux éditions de l’université de Pennsylvanie (Pennsylvania State University Press), ce livre constitue une synthèse aussi détaillée que brillante de la pensée de Hume. Méthodiquement, l’auteur reconstitue cette pensée sur chaque terrain ou sur chaque sujet que Hume aborde, autour de thématiques précises – l’épistémologie, la métaphysique, les passions, la théorie politique, l’économie, la religion, l’histoire… en accordant une grande importance au Traité de la nature humaine. Celui-ci se prêtant idéalement à une interprétation analytique de par son « découpage » logique, Claudia Schmidt en reprend l’ordre de développement, étayant par-dessus thème par thème les développements ultérieurs de Hume sur le même sujet (par exemple dans l’Enquête sur l’entendement humain au sujet de la théorie des idées).

Ce livre présente également un avantage rare : comme son titre le laisse entendre, il opère un lien entre la pensée de Hume et celle de Hegel, un lien qui, pour important et décisif qu’il soit, n’est que peu aperçu par la plupart des commentateurs. De même pour la thématique de l’histoire, cruciale chez Hume et à laquelle Schmidt choisit de consacrer les derniers chapitres. Plus le livre avance et plus cette thématique apparaît nettement, prenant le pas sur les développements épistémologiques « arides » du premier livre du Traité pour donner à la pensée de Hume une richesse, mais aussi une complexité et une ambigüité, que l’on y trouvait peut-être moins à ses débuts.

Sommaire :

1) Ideas
2) Demonstration
3) Probable Reasoning
4) Metaphysics
5) Skepticism
6) The Passions
7) Human Action
8) Moral Theory
9) Political Theory
10) Economics
11) Aesthetics
12) Religion
13) History

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