Dialogues sur la religion naturelle

Parus trois ans après la mort de leur auteur, les Dialogues sur la religion naturelle sont le dernier livre de leur auteur. Après le chapitre X de l’Enquête sur l’entendement humain sur les miracles et l’Histoire naturelle de la religion, ils constituent la dernière partie de la réflexion humienne sur la question de la religion.

Ne pouvant se permettre de dire de manière non ambigüe ce qu’il pense de la religion en général – et peut-être soucieux de reconstituer les disputes et les débats qui secouent sans cesse la notion même de religion -, Hume adopte la forme du dialogue philosophique : trois personnages, défendant des visions et des positions différentes, discutent (et se disputent) au sujet de la religion.

Au cours des douze chapitres du dialogues, ce sont Déméa, Philon et Cléanthe, qui débattent de la nature et de l’existence de Dieu. Les trois sont d’accord sur le fait qu’un dieu existe (ou puisse exister) ; cependant, ils diffèrent sur la manière qu’ils estiment la plus pertinente de raisonner au sujet des attributs et des qualités de Dieu, ainsi que sur la possibilité pour l’humanité d’acquérir un savoir sur l’Être suprême.

Au fil des chapitres, les personnages du dialogue abordent un certain nombre d’arguments au sujet de l’existence de Dieu, ainsi que des arguments dont leurs défenseurs estiment qu’ils pourraient leur permettre de connaître la nature de la divinité. Ces débats incluent l’argument du dessein intelligent – pour lequel Hume donne l’exemple d’une maison – ou la question de savoir s’il y a davantage de bien ou de mal dans le monde.

  • Cléanthe est un théiste expérimental. Partisan de la thèse dite du dessein intelligent, il base sa croyance en Dieu sur des arguments téléologiques (selon lesquels l’organisation que l’on trouve dans des organismes ou dans des cycles naturels ne peut exister par hasard et est nécessairement le résultat d’un dessein intelligent, visant un certain but) et anthropomorphiques (arguant que Dieu est nécessairement compréhensible par l’esprit humain, donc partage avec lui certains caractères).
  • Philon, si l’on accepte l’interprétation la plus répandue parmi les commentateurs, est le personnage dont les thèses sont les plus proches de celles de Hume. Associé à Déméa par choix tactique, il attaque les arguments anthropomorphiques et téléologiques de Cléanthe, et estime que la raison humaine est beaucoup trop inadéquate et faible pour connaître quoi que ce soit de la divinité, tant a priori par la déduction cartésienne pure qu’a posteriori par l’observation de la nature. Il ne va cependant pas jusqu’à nier l’existence de Dieu.
  • Déméa défend un argument cosmologique et un théisme philosophique de type rationaliste. Bien que son argument soit proche de celui de Cléanthe (le monde est trop complexe pour être le produit d’une causalité aveugle), son optique n’est pas du tout la même ; en effet, là où Cléanthe fonde ses arguments sur une vision empiriste du monde, Déméa estime que l’existence de Dieu devrait être prouvée par de purs raisonnements a priori, et que notre croyance ou notre foi ne devrait s’appuyer que sur la Révélation (biblique) et le fidéisme. Déméa rejette la « religion naturelle » de Cléanthe au motif qu’elle serait trop anthropomorphe. Il décrit Dieu comme étant par nature infini et tout-puissant, donc infiniment loin des capacités d’inférence humaine, ce à quoi Cléanthe lui répond que si Dieu est aussi éloigné que cela de notre raison, alors nous n’avons aucune preuve de son existence – et chaque personnage accuse l’autre d’aboutir logiquement à l’athéisme. Déméa critique fortement l’abandon des arguments a priori par Cléanthe et par Philon (tous deux sont empiristes) et perçoit ce dernier comme « acceptant une forme extrême de scepticisme », quoiqu’il le laisse attaquer les thèses de Cléanthe avec lui, jusqu’au onzième chapitre où il comprendra que Philon, tout en défendant contre Cléanthe un fidéisme obscur et mystique, l’a en réalité détruit de l’intérieur.
  • Traductions

    Les Dialogues sur la religion naturelle ont été anonymement traduits en français dès leur parution, en 1779, et édités à Édimbourg et à Londres.
    Ils figurent ensuite dans les Oeuvres philosophiques choisies (traduction Maxime David, Alcan, Paris, 1912) en deux volumes.
    Deux nouvelles traductions ont été réalisées depuis : une de Michel Malherbe (publiée chez Vrin, à Paris, en 1987, puis réimprimée chez Vrin en 2008 en édition bilingue) et une de Philippe Folliot (Saguenay, UCAQ, gratuite et téléchargeable, 2008).

    Lien : UCAQ

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