Essais moraux, politiques et littéraires

Si le Traité de la nature humaine constitue le cœur de l’œuvre de Hume, au point de vue systématique, les Essais moraux, politiques et littéraires en constituent quant à eux la plus grande partie. La modélisation et l’axiomatique développées dans le Traité trouvent dans les essais un usage plus bref et plus concret : parfois repris sur des points précis, parfois utilisé de manière implicite, le contenu du Traité se retrouve ici à l’état dispersé, éclaté.
Il est donc épars, certes, mais aussi beaucoup plus développé.

Toute sa vie, Hume rédigera des essais. Plus ou moins courts, plus ou moins clairs dans leur développement (le souci de se faire comprendre de son lecteur est très important chez Hume), ils traitent de politique, d’économie, de « vie commune », d’histoire, et, bien évidemment, de philosophie « pure ».

C’est grâce à ses essais économiques, publiés en 1752 (à l’exception de l’essai De la jalousie du commerce publié en 1758), que Hume s’est fait connaître sur le continent : ses Enquêtes, son Histoire naturelle de la religion et ses autres livres ne seront connus – et traduits – que plus tard. A titre de comparaison, les essais portant sur la politique sortiront en français en 1753, les essais économiques en 1767 (ils seront retraduits en 1847), tandis que le livre I du Traité ne verra le jour en version française qu’en 1912 au sein d’un volume rassemblant plusieurs textes (il faudra attendre 1946 pour voir le Traité traduit intégralement).

Quelques essais

Quinze essais politiques sont téléchargeables ici. Ces quinze essais sont :
De la liberté de la presse (1741)
Que la politique peut être réduite à une science (1741)
Des premiers principes du gouvernement (1741)
De l’indépendance du Parlement (1741)
Si le gouvernement britannique incline davantage vers la monarchie absolue ou vers la démocratie (1741)
Des partis en général (1741)
Des partis de la Grande-Bretagne (1741)
De la liberté civile (1741)
Du contrat originel (1748)
De l’obéissance passive (1748)
De la succession protestante (1752)
De la balance du pouvoir (1752)
Idée d’une république parfaite ou Idée d’un commonwealth parfait (1752)
De la coalition des partis (1760)
De l’origine du gouvernement (1777)
Douze de ces essais peuvent être téléchargés dans une traduction d’époque (1754), écrite pour partie en ancien français.

Les essais économiques sont disponibles en deux traductions, l’une de Mlle de la Chaux (1847) et l’autre de Philippe Folliot (2007) qui comprend également le texte original.
Les deux traductions comprennent :
Du commerce (1752)
De l’argent (1752)
De l’intérêt (1752)
De la balance du commerce (1752)
De la jalousie du commerce (1758)
Des taxes ou De l’impôt (1752)
Du crédit public (1752)
La première traduction comprend également l’essai Du luxe (dont Hume a par la suite changé le titre, pour le renommer : Du raffinement dans les arts).

Dix essais non publiés par Hume ou retirés des éditions successives des Essais sur son choix sont lisibles ici :
De l’impudence et de la modestie (1741 et éditions suivantes ; retiré en 1760)
De l’amour et du mariage (1741 et éditions suivantes ; retiré en 1760)
De l’étude de l’histoire (1741 et éditions suivantes ; retiré en 1760)
De l’avarice (1741 et éditions suivantes ; retiré en 1768)
Des préjugés moraux (1742 et retiré ensuite)
De la condition moyenne (1742 et retiré ensuite)
Du genre essai ou De l’essai (1742 et retiré ensuite)
Portrait de Sir Robert Walpole (1742 puis réduit à l’état de note et retiré ensuite)
Du suicide (1777 – volontairement non publié par Hume de son vivant)
De l’immortalité de l’âme (1777 – volontairement non publié par Hume de son vivant)

Plusieurs essais sont également téléchargeables individuellement :
Essai sur la délicatesse de goût et de passion (1741)
Essai sur la dignité ou la bassesse de la nature humaine (1741)
Essai sur la naissance et le progrès des arts et des sciences (1742)
Essai sur la polygamie et le divorce (1742)
Essai sur l’amour et le mariage (1741)
Essai sur la règle du goût (1757)
Essai sur la simplicité et le raffinement dans l’écriture (1742)
Essai sur la superstition et l’enthousiasme (1741)
Essai sur l’éloquence (1741)
Essai sur l’épicurien (1742)
Essai sur le platonicien (1742)
Essai sur le sceptique (1742)
Essai sur le stoïcien (1742)
Essai sur l’étude de l’histoire (1752)
Essai sur l’orgueil et la modestie (1741)
Essai sur quelques coutumes remarquables (1752)

Une édition regroupant l’intégralité des essais de Hume en français est disponible aux PUF, sous le titre d’Essais moraux, politiques et littéraires (traduction, présentation et annotation par Gilles Robel).

Voici son sommaire (auquel il faut ajouter deux essais non publiés du vivant de Hume mais lisibles dans cette édition, l’Essai sur les poèmes d’Ossian et l’Essai historique sur la chevalerie et l’honneur moderne) :


(cliquez pour agrandir)

Extraits

L’étude de l’histoire

L’histoire [est] non seulement est une partie très estimable de nos connaissances, mais encore elle ouvre l’entrée à plusieurs autres, et fournit des matériaux à la plupart des sciences. En effet, si nous considérons la brièveté de la vie, et combien nous connaissons peu, même ce qui arrive de nos jours, nous serons convaincus que sans l’admirable invention qui étend notre expérience à tous les siècles passés, et fait servir les nations les plus éloignées à perfectionner notre jugement, comme si elles étaient présentes et soumises à notre examen immédiat; que sans cette invention, dis-je, la raison humaine ne serait guère plus formée dans l’âge mur qu’elle ne l’est ordinaire­ment dans l’enfance. Un homme versé dans l’histoire peut être regardé comme ayant vécu depuis le commencement du monde, et comme ayant fait dans chaque siècle des additions continuelles à ses connaissances.

(Essai sur l’étude de l’histoire, Amsterdam, J.H. Schneider (éditeur), trad. anonyme du XVIIIe siècle, 1752)

L’activité

Il n’est rien que l’esprit humain recherche ou exige de façon plus constante et insatiable que l’exercice ou l’emploi de ses facultés ; ce désir semble être le fondement de la plupart de nos passions et de nos entreprises. Privez un homme de toute affaire et de toute occupation sérieuse, il courra sans relâche d’un amusement à l’autre ; et le poids ou l’oppression dont l’oisiveté l’accable sera si grand qu’il oubliera la ruine où l’entraîneront nécessairement ses dépenses immodérées.
(De l’intérêt, in Essais moraux, politiques et littéraires, Paris, PUF, coll. Perspectives anglo-saxonnes, 2001, p.478)

Traductions

Un grand nombre de traductions, de qualité diverse, sont parues depuis la sortie des essais. Toutes se concentrent sur un ou quelques-uns des essais (celle de Gilles Robel, citée plus haut, est la seule traduction intégrale des essais de Hume).
En voici quelques-unes :
Essais politiques, trad. anonyme, Amsterdam, Schreuder et Mortier, 1753
Essais sur le commerce, etc., traduction anonyme, Paris, Lyon, 1767
L’histoire naturelle de la religion et autres essais sur la religion, traduction Michel Malherbe, Paris, Vrin, 1971 et 1980
Quatre discours politiques, préface et notes établies par Jean-Pierre Cléro, Caen, Université de Caen, Centre de philosophie politique et juridique, 1986
Discours politiques (Political Discourses 1752-1758), 16 essais, précédé de Ma vie (My ovn life, 1776) et suivi de De l’écriture par essais (Of Essay writing, 1742), bilingue, trad., Fabien Grandjean, Trans-Europ-Repress, 1993
Essais esthétiques, trad. Renée Bouveresse, Flammarion, GF, Paris, 2000
Essais sur le bonheur. Les Quatre Philosophes, trad. anonyme du XVIIIe siècle, revue, annotée et postfacée par Christophe Salaün, Mille et une nuits, 2011

Édition intégrale regroupant tous les essais :
Essais moraux, politiques et littéraires et autres essais, trad. Gilles Robel, PUF, Paris, 2001

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